Sordide

Paris n’a pas le monopole de la crasse : Sordide nous en convainc à la fois de par sa provenance et par son récit méticuleusement souillon de la France,
celle qui a peur et qui a les pieds dans la merde.
Interrogatoire mené par V.

1/
V :
Sordide « Qui est misérable, sale, repoussant » : une bonne définition du Black Metal selon vous ?

Sordide :
Le nom du groupe n’a pas été choisi juste pour « faire black metal » mais surtout pour créer une sorte de contexte à ce que nous voulions construire : une musique urgente, jouée sans artifice, servant des textes qui soulignent des aspects sordides du monde dans lequel nous vivons.

2/
V :
On vous a souvent comparé à Peste Noire et même labellisé black metal rural, sur certains webzines que je ne citerais pas. Etonnamment, puisque je trouve qu’au contraire « La France a Peur » sonne très urbain, presque postcore, dans sa production. Les guitares ont quelque chose de bitumineux, la crasse des villes est sensible, certaines envolées lysergiques me font même penser à Dodheimsgard, pas vraiment des cueilleurs de céleri, donc. Etait-ce un choix ? Où vous situez vous dans cette querelle de chapelle ? Rats des villes ou rats des champs ?

Sordide :
Si vraiment il y a une guerre entre les « ruraux » et les « urbains » elle nous donne envie de réutiliser le terme « querelle des bouffons » qui nous semble ici particulièrement appropriée. Les webzines nous labellisent comme ils veulent, on ne peut rien faire contre ça. Pour résumer notre situation : deux d’entre nous ont grandi en banlieue, un à la campagne. Aujourd’hui nous habitons tous à Rouen, mais nous nous isolons aux Grandes Gaudières, un lieu-dit à 7km du village le plus proche pour enregistrer. Donc voilà, on a autre chose à foutre que de choisir notre camp dans cette histoire, chacun peut nous fantasmer comme il le souhaite.

Sordide_Blood_on_Drums

3/
V :
Vos paroles évoquent de façon allusive certains épisodes de l’histoire de France récente, donc l’affaire Patrick Henry, qui donne son nom à l’album. On ressent quelque chose de la France des années 70, 80, une France formica, malade, repliée sur elle-même, à la limite de l’autisme, la France des cités dortoirs, d’Action Directe, de Roger Gicquel. Vous vous êtes d’ailleurs fendu d’une excellente reprise de Renaud, « Crève Salope ». En quoi cette France de cette époque est-elle la matrice de votre musique ?

Sordide :
Quand on regarde un peu en arrière, on s’aperçoit que dans la France des années 70-80 on parlait déjà de crise, de problèmes liés au pétrole, de problèmes écologiques etc. Comparé à ce qu’on vit aujourd’hui, cette époque nous semble presque paradisiaque, surtout avec les phénomènes de revival qui nous font penser que tout était plus cool il y a 20 ans. Exhumer et « analyser » la merde de cette époque nous permet de souligner à quel point la merde d’aujourd’hui est plus noire.

Avril 2016.

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