Après deux passages au Klub et une cérémonie au Cirque Electrique, Mhönos reviendra hanter le sous-sol parisien, tant propice aux inhumations.
Monologue de V. aimablement commenté par Mhönos.

Mhönos

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V :
Mhönos a déjà pas mal de releases à son actif, et plusieurs années d’existence…avec du recul ce qui surprend le plus c’est le caractère protéiforme du projet, comme un organisme en constante évolution, il ne semble pas avoir d’ossature fixe : d’abord projet solo, puis désormais presque un collectif rassemblant quelques pointures de la région. Musicalement également, même s’il subsiste une solide base drone/doom, Mhönos ne semble pas devoir se heurter aux carcans peu permissifs du style : depuis les synthés quasi-Burzumiens de Miserere Nostri jusqu’aux nappes incantatoires de Humiliati, empruntant autant au dark ambient ritualiste qu’au black metal, . Y a-t-il une intention programmatique derrière tout cela ? Ou au contraire le groupe s’est-il laissé porté au fil des rencontres, des influences, des expériences live ? A quoi pourra ressembler la musique de Mhönos à l’avenir ?

Mhönos :
La seule intention qui guide Mhönos est de poursuivre sa quête et son expérience musicale. Cette intention dépasse les individualités qui composent le groupe. Vous pourrez bientôt entendre le résultat de cette intention, bien différente des précédentes, sur les quatre mouvements du prochain album que nous jouerons en intégralité pour le concert du 16 mai.

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V :
La musique de Mhönos, mais aussi les quelques indices déployés par l’iconographie, évoquent un ésotérisme hermétique, presque terratogène : ce que le théologien Rudolf Otto appelait le « numineux », c’est à la dire la terreur liée au divin, prend ici tout en sens : musique labyrinthique, évoluant par ruptures et dissonances, tribalisme quasi-néolitithique, vibrations telluriques se confrontant à de brusques percées de sens et d’harmonie…Mhönos fait appel à des terreurs enfouies, à la fois viscérales et métaphysiques. Comment procédez-vous pour la composition ? Avez-vous des inspirations ou des convictions concrètes en matière de théologie, ou au contraire, Mhönos agit plutôt comme un collage, un agrégat de gnoses ?

Mhönos :
Lorsque nous répétons ou composons, Mhönos nous fait communier par la musique, pour la musique. Lorsque nous enregistrons ou nous produisons en concert, à cette communion s’ajoute l’idée d' »offrande musicale ». De-ci de-là peuvent poindre des références théologiques ou mystiques diverses, mais le plus important reste que les convictions de chacun se dissolvent une nouvelle fois dans cette intention supérieure qu’est l’entité Mhönos.

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V :
Le drone prend toute son ampleur en live, il n’est peut être même que ça, une musique performative, une musique du corps et de la fréquence. Quelle est votre actuelle formation live ? N’est-il pas compliqué de traduire les émotions produites en studio dans des espaces parfois confinés et mal sonorisés ? Avez-vous des rituels, des conditions particulières pour vous mettre en situation avec un concert ?

Mhönos :
Nous avons trouvé l’équilibre dans la formation suivante : 1 chanteur, 2 percussionnistes, et 3 bassistes-choristes. Malgré les contraintes que tu évoques, le live est pour nous primordial afin de donner vie à nos compositions. Il précède même le studio puisque nous n’enregistrons jamais quelque chose que nous n’avons pas joué en concert. La question est donc plutôt à prendre dans l’autre sens : comment réussir à capter en studio l’alchimie et l’énergie qui ont pu émaner de telle ou telle performance ? C’est pourquoi nous pratiquons tous nos enregistrement en prise live, tous ensemble.

Entretien réalisé par V. – mai 2015
Crédit photo : Mhönos / DR